L’idée d’hébergement centralisé d’applications auxquelles on accède via un réseau est aussi vieille que l’informatique pré-PC avec ses terminaux VAX et ses approches « Time Sharing ». Ou, dans les années quatre-vingt-dix, que les discours de Scott Mc Nealy, pdg de Sun, sur le « Network Computer » cherchant à concurrencer l’emprise de Microsoft ou encore, plus récemment, l’approche dite ASP, Application Service Provider.
Aujourd’hui, l’idée connait une nouvelle jeunesse sous l’appellation de « Cloud Computing »,
le « nuage » renvoyant à la métaphore d’Internet.
On parle aussi de SaaS (pour Software as a Service) ce qui a aussitôt suscité une famille d’acronymes : PaaS (pour Platform, qui concerne plutôt les « middleware ») ou IaaS (pour Infrastructure). L’idée générale est d’accéder « à la demande » à la ressource souhaitée via Internet. Certains services, aussi bien professionnels que grand-public, peuvent être gratuits quand d’autres seront facturés à la consommation ou via un abonnement.
Sur le papier, le modèle est très séduisant. En transformant en dépenses de fonctionnement (éventuelles) ce qui autrement relèverait d’investissements coûteux qui doivent être effectués a priori, il permet principalement :
De réduire les barrières à l’entrée pour de nouveaux services.
De dimensionner la ressource avec flexibilité au plus près de ses besoins et de simplifier la montée en charge.
De réduire les dépenses en personnel en se reposant sur des tiers spécialisés pour assurer la gestion d’un service 24x7.
De permettre, par conséquent, de tester plus facilement, à moindre coût et à moindre risque, de nouveaux services.
De ce fait, d’accélérer les temps de mise en œuvre des innovations et de favoriser ainsi l’agilité des entreprises.
On pourrait d’ailleurs distinguer divers types de « Cloud », par exemple selon Citrix : la « virtualisation » (de serveurs, du stockage, des réseaux…) ; la gestion de ressources (partage, surveillance et optimisation) ; la gestion d’applications ; l’accès et l’automation (self-service, contrôle et gestion de règles, administration de portails…)
Quatre facteurs principaux expliquent la maturité et la vogue actuelles du « Cloud Computing » :
La part croissante du numérique dans les activités qui ouvre de nouvelles perspectives sectorielles pour la sous-traitance.
Le développement des accès haut débit à Internet.
La démultiplication des terminaux connectés, PC, mini PC ou autres smartphones.
Le fait que certains gros acteurs du web sont contraints de dimensionner leurs infrastructures en fonction de pics d’activité saisonniers (ex Amazon et la période des Fêtes) et disposent donc, le reste du temps, de capacités inutilisées.
D’ores et déjà, de nombreux services relèvent de cette logique aussi bien dans le monde professionnel (voir les offres EC2, Elastic Compute Cloud de Amazon, ou la sous-traitance d’e-mails confiée à Google ou Microsoft) que pour le grand public : que l’on songe aux applications bureautiques de Google, aux réseaux sociaux, aux sites d’hébergement de photos ou de vidéos…
Les risques principaux concernent la pérennité et la sécurité des accès et des données. Le « Cloud Computing » suppose que l’on fasse confiance à son fournisseur. Or, de récents incidents sérieux se sont déjà produits. Ma.gnolia, le service de partage de bookmarks concurrent de Delicious, s’est crashé et a perdu ses données fin janvier 2009. Microsoft a connu en octobre de la même année des problèmes semblables (quoique en partie résolus dans un second temps) avec les abonnés du service Sidekick de T-Mobile en Allemagne dont les données étaient hébergées sur les serveurs de sa filiale Danger. On pourrait aussi évoquer la possibilité de changements brutaux de politique de la part de l’hébergeur comme ce fut le cas pour certaines approches marketing de Facebook qui ont été annulées du fait des réactions des membres du réseau social. De tels incidents sérieux posent la question du degré de confiance à accorder et pourraient limiter d’autant les perspectives de développement du « Cloud Computing » ou du moins le réserver au grand public, à des start up innovantes désireuses de se lancer quel que soit le risque ou à des applications non stratégiques pour les entreprises établies.
Pour cette raison, dans le domaine audiovisuel, où les contraintes de temps et le souci de qualité sont essentiels, le « Cloud Computing » n’occupe encore qu’une place limitée, pour des applications périphériques comme par exemple l’encodage ou le transcodage (cf. les offres de la société marseillaise Hey !Watch, de HD Cloud, de ON2 Flix Cloud…). Mais on commence à voir apparaître des offres plus ambitieuses comme celle de plate-forme interactive de la britannique Miniweb Interactive (www.miniweb.tv ), fondée en 2007 comme Management Buyout de BskyB (par l’équipe à l’origine du service « Red Button » de Sky) ou celle de Rubber Duck Media Lab (www.rubberduckmedialab.com ), société norvégienne de « hosted mobile service ».